Comment roule-t-on ?

Ca dépend des roues... Ensuite viennent l'expérience, la grace et la dextérité...



Chaud devant !

Le pétaure est HS, l'AX-rallye itou, j'ai besoin de me déplacer, marcher c'est chouette mais ça prend trop de temps, les transports en commun sont peu pratiques vu où j'habite, j'ai donc investi dans un nouveaux deux roues.
Bleu roi comme le Pétaure, ce GX-2000 modèle "Super Deluxe" (c'est ce qui est écrit dessus) d'une hauteur de selle un poil limitte (j'hallucine qu'il soit plus haut que le Pétaure !) fonctionne à merveille et m'a coûté 10 euros chez Emmaüs...

J'y ai fait tous les contrôles techniques nécessaires : freins OK, pneus OK, allez yapuka !
Après lui avoir trouvé un antivol qui amha vaut pas loin du double de la valeur de l'engin, j'enfourchais mon GX-2000 Super Deluxe pour effectuer quelques petits trajets...
Je compris au bout de quelques mètres que sa tenue de route était soumise à la dure loi de la gravité, qu'il faudrait que je pense à utiliser aussi le levier droit pour freiner et que le vent de mer qui nous souffle mille embruns quotidiennement ne serait mon ami que si je l'avais dans le dos.
Et puis je me dis aussi que comme remise en jambe avant les sports d'hiver, mon GX-2000 super Deluxe arrivait à point nommé.

Bref, me voilà beret vissé au crâne, sacoche vintage "la poste" pendouillant au bas du dos et petits gants de laine avec les doigts de toutes les couleurs et foulard noué au cou, me faisant un revival titi parisien de mes fastes années d'étudiante lutécienne qui n'avancait dans la vie qu'à le seule force de ses mollets.
Je constatais d'ailleurs que j'avais beau avoir 20 ans pour toujours et à jamais comme le décrétait Léo Ferré dans ses chansons, mes articulations étaient quelques peu rouillées et mon souffle raccourci.

Pas grave, avec les 10 km quotidiens que je m'aprête à faire quotidiennement je vais me dérouiller tout ça rapidement...
Tout ça pour dire que même si je me trouve là au guidon d'une mécanique rudimentaire, voire cro-manionesque, ma poisse n'a pas oublié de se trouver une p'tite place sur le porte bagages de mon nouvel engin...
Bref au bout de 4 freinages, l'habituée du levier droit que je suis entendit un "schtong !". Et ce à un moment crucial, cela va sans dire...

Je foncais droit sur une camionette avec écrit dessus "Chaud Devant" (ça ne s'invente pas !) qui avait décidé de s'arrêter subitement en double file pour livrer une paella en boîte commandée à 5h de l'aprés-midi (on a pas idée).
Donc on reprend : Pyrou + GX-2000 Super Deluxe, puis camionette "Chaud devant" qui stoppe net, frein, "schtong !" (= câble frein HS), freinage-semelles d'urgence, pim poum badaboum je me mange comme une crèpe, engueulade de m'sieur le livreur de paella, puis re "gaz".
Bref, à force de dire que la poisse c'est comme la classe, on l'a ou on l'a pas, je vais finir par le croire...
Où est passé Johnny Depp ?

Ça a commencé très très tôt à l'âge où j'avais les couettes vaillantes, la morve au nez et les pieds en dedans.
Je flashais sur ces magnifiques patins à roulettes en plastoc de toutes les couleurs qui faisaient une espèce de pouic quand on leur appuyait sur le bout du pied.

Alors comme j'étais déjà caractérielle et plutôt chiante, j'en référais très régulièrement à l'homme de ma vie du moment : mon père.
Quand nous passions aux rayons du supermarché où ces magnifiques patins à roulettes en plastoc de toutes les couleurs qui faisaient pouic quand on leur appuyait sur le bout du pied, objets de toutes mes convoitises trônaient, je glissais alors au paternel quelques messages subliminaux à base de sourires calculés, de minauderies de circonstance et de cris qui tuent inévitables.
Seulement la matonne veillait (ma mère), et bridant l'envie de mon papa adoré de satisfaire les caprices de sa fifille adorée, elle retarda l'échéance de quelques temps...
J'attendis donc quelques jours, deux ou trois (notez l'endurance des parents), et je finis par obtenir mes magnifiques patins à roulettes en plastoc de toutes les couleurs qui faisaient pouic quand on leur appuyait sur le bout du pied..s?.
Je fonçais donc avec une émotion toute particulière les enfiler autour de mes kickers violettes et je m'appropriais le couloir de l'immeuble comme piste d'essai...

Aux premiers contrôles techniques, ils faisaient bien pouic quand on leur appuyait sur le bout du pied et les roues tournaient. Mon frangin intrigué de voir mes couettes dépasser mach 3 était venu faire l'assistance technique et vérifia le serrage de mes magnifiques patins à roulettes en plastoc de toutes les couleurs etc etc... Il vérifia aussi le sens du vent, bloqua l’accès à la piste et marqua le tracé à suivre au moyens de quelques kréma fondus-collés posés au sol.
Toutes les conditions étaient réunies et je n’avais plus qu’à mettre gaz. Je m’élançais et là... Rien.

Ok mes magnifiques patins à roulettes en plastoc de toutes les couleurs faisaient bien pouic mais force est de constater que je ne savais pas les utiliser et que je n’avançais pas.
Face à la déception que je lisais dans le regard de mon frangin, je décidais de mettre en route le plan B.
Je récupérais donc les bonbons posés au sol, retirais mes magnifiques patins à roulettes, redressais mes couettes, reniflais ma morve et déplaçais mon public adoré, Paul, mon frère, au rez de chaussée où les ingénieurs architectes avaient mis en place une rampe soit-disant pour l’accès des poussettes à mon attention.
Je fis pouic et renfilais mes patins à roulettes et je m’élançais du haut de cette rampe qui se terminait par un virage à gauche au dessus des haies d’hibiscus assez technique à négocier dont je me fichais : j’étais minotte et immortelle.

L’action s’est déroulée en une fraction de seconde, le vol plané était planant, l’atterrissage moins... Je n’avais effectivement pas négocié le virage du tout et j'avais atterri en contrebas la tête la première, là dans les belles hibiscus qui ont parsemé mon enfance. La déception sur le visage de Paul se transforma en un haussement d’épaules et en l’habituel “Mamaaaaaaaaannnnn y’a Juliette qu’a tombé !”.
Ma mère hurla d’une voix lasse et blasée du deuxième étage un “ouaiiiis j’arriiiiiiive” en retour et mon père accourrait.

Bilan : 2 genoux écorchés, une bosse sur le front, quelques taches de mercurochrome ça et là, un pouic hors service, et la découverte de dure la loi de la gravité.
Mes patins à roulettes ont ensuite été recyclés en transports en commun de p’tits bonhommes légo.

Quelques années plus tard, mes couettes avaient laissé place à un look alternatif-keupon-vintage soft dont j’étais très fier, j’étais d’jeuns et branchouille et c’était trop top ! L’ancien homme de ma vie était devenu le gardien de mon argent de poche, mon frangin ne faisait pas craquer mes copines de classe et ma mère kiffait toujours un certain Johnny H.
En plus j’étais amoureuses?.
Il avait pas mal de qualités au milieu de beaucoup de défauts, ne plaisait pas à mon père (chouette !) et comme il était djeun’s, qu’il était sur la place et que c’était trop top, il savait faire du roller, lui.
Il faisait des acrobaties et mettais le feu place du Troca et au palais Royal et auprès des copines c’était la classe que ce soit mon mec.

Petit à petit, j’abandonnais mes docks et mes vareuses pour des peupons de skate qui étaient trop top et j’adoptais la surf attitude du garçon. Et comme nous étions d’jeuns, in the move et à donf'’la vie, il fallait absolument que je fasse du roller avec lui parce que c’est trop top de surfer dans la ville et que c’est le dernier espace de liberté qu’on a dans ce monde d’adultes qui n’y comprennent pas un traître mot à la Mano aux Pogues et à Noir dèz’...
Bref j’économisais sur mon budget clopes-coca-chichon et je m’offrais une paire de nike top fashion à l’époque auxquelles je faisais poser des platines pour les transformer en quad... C’était le début du roller in line et comme le roller in line c’était pour les bourges pas rebelles qui se la pètent, il me fallait des quads.
Seulement comme mon budget était serré, Julien, l’élu du moment (non seulement nous étions d’jeuns et rebelles mais en plus nous étions originaux et créatifs, nous nous faisions appeler Juju & Juju), me collait des roues de skate sur mes quads : des grosses roues inadaptées mais pour apprendre, c'est mieux qu’il disait.

Nous voilà donc sur le parvis de Bercy et je décidais de tirer un trait sur l’aventure traumatisante de mes patins à roulettes qui font pouic et à faire du roller comme une déesse.
Seulement voilà : la loi de la gravité ne m’avait pas oublié, elle. Je n’arrivais pas à tenir sur ces machin roulants avec lesquels on est sensé avoir l’air classe et bouger en toute fluidité.
Juju était patient et attentionné, moi moins, je vociférais volontiers contre ce sport de cons que j’avais décrété, mauvaise foi aidant, comme une arme du capitalisme contre nous les d’jeuns pour nous faire entrer dans le moule de la jeunesse consentante face au marketing amerloc de masse et tout le tintouin...
Et surtout je me cassais souvent la figure... Tous les deux ou trois mètres, si je m’en souviens bien.
Et comme je constatais rapidement que j’étais systématiquement rattrapée par le jeune homme quand je me cassais la figure, la motivation s’envolait vite en fumée. Il était tellement plus agréable de tomber dans ses bras que de se démolir les pieds avec ces engins de torture que je n’ai jamais appris à patiner...

J’ai ensuite démonté les platines de mes nike nineties et je me baladais fièrement avec ces baskets trouées auxquelles j’avais collé des bouchons de liège pour ne pas prendre la flotte.
Ensuite, mon frangin ne plaisait toujours pas à mes copines, mon père est devenu un ami, ma mère me réclamait de ls?217;accompagner à un concert de Johnny avant qu’elle ne soit trop vieille et j’ai du réessayer une ou deux fois le roller dans l’unique but d’atterrir dans des bras de messieurs attentionnés...

Mais comme c’était fatiguant et que le taux de réussite est faible, j’ai vite oublié et comme j’ai vieilli, j’ai fini par décréter que le roller était une arme du jeunisme qui gangrène notre société face à laquelle je ne flancherai pas etc etc...
Bref à moins d’avoir la garantie d’atterrir dans les bras de Johnny Depp (le vrai), je ne pense pas faire de roller avec vous un de ces quatre.....
Le bon tout droit

J'ai enfin compris comment fonctionne un tout droit !
Evidemment, je ne parle pas ici du méchant tout droit avec blessures et casse mais du petit tout droit pewered with JBT, sans gamelle niblessé, celui qui fait marrer les copains et qui génère vannes et fous rire dans les cax : le bon tout droit !
Tout dabord il faut une moto, de préférence la sienne donc pour ma part ce sera le
Pétaure.
Ensuite il faut une route qui s'y prête, une route à virolos avec plus ou moins de visibilité, un accotement sûr, un revêtement si lisse qu'on devrait y marcher avec des patins à parquet pour ne pas l'abîmer et pas de ravins, fossés, murs ou falaises, un route qui tourne quoi !
Prenons la route des trois épis dans les Vosges par exemple.
Après il faut une météo clémente et une température suffisamment élevée pour faire coller son gommard à la route. Juste de quoi se faire plaisir en toute confiance.
Enfin il faut faire le tout droit qui évidemment n'était pas p'arévu.

Pour ça : roulez et prenez les virolos en augmentant votre rythme jusqu'à atteindre le stade ultime de l'arsouille !
L'arsouille toute proportion gardées bien sûr, il ne sagit pas de tester sa meule, de chercher ses limites et de rouler au dessus de ses pompes : juste d'arsouiller à sa mesure (par exemple : une Pyrou qui arsouille = un Fogarty qui se traîne = un Rossil qui essaye de suivre).
Donc reprenons : au fur et à mesure que vous arsouillez, enchaînez les virages à un rythme soutenu et restez bien concentré.
Puis arrive THE virage, celui tout désigné pour effectuer votre bon tout droit. Un droite en fer à cheval par exemple (ou en Ω pour les matheux).
Après un léger coup-de-gaz-rétrogradage, ou bien un coup de frein selon la vitesse à laquelle vous arrivez et selon votre moteur, penchez votre moto et dessinez un début de traj' oo?rdinaire voire aléatoire...
Puis soudain, alors que vous serez plein angle, comme par magie, vous ne verrez plus la route et aurez l'impression qu'on vous a volé votre virage.

Alors vous aurez franchi la file qui arrive dans l'autre sens et vous retrouverez arrêté face à ce beau paysage que vous n'aviez pas pris le temps d'admirer jusqu'à maintenant.
S'ensuit alors un vif mouvement de la tête vers la droite (minimum un quart de tour) et vous découvrirez avec des yeux ronds comme des culs de bouteilles que finalement non, on ne vous a pas volé la route, votre virage est bien là avec son tracé farceur qui sourrit en vous attendant et vos potes d'arsouilles qui en ont profité pour vous gratter.
Ensuite, dépétrez vous de là, reprenez votre route, arsouillez, faites demi-to'aur, refaites ce virage enjoleur et n'oubliez pas d'avoir de l'humour.
Une ch'tite baffouille ?


© Pyrou